Samson AH1/QV Manuale Utente Pagina 4

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II
L'EPATANT
Oui,
monsieur
le
directeur.
Eh
bien,
mon.
garçon,
je
tiens
à
vous
prévenir
que
je
n'aime
pas
les
mauvaises
têtes,
et
que
si
vous
recommencez
ce
que
vous
venez
de
faire
devant
moi,
ça
pourrait
se
gâter
pour
vous.
Marcel
Dunot
considéra
le
directeur
du
coin
de
l'œil,
et
d
'une,
voix
respectueuse
:
Pardon,
monsieur
le
directeur,
voulez-vous
me
permettre
une
observation
?
Je
n'aime
pas
beaucoup
les
raisonneurs
!
On
doit
rentrer
à
la
demie,
pas
vrai?
Eh
bien,
je
suis
exact.
Depuis
que
je
suis
à
l'usine,
je
n'ai
pas
manqué
un
jour,
pas
un
jour,
monsieur
le
directeur,
d'arriver
à
l'heure
!
...
Joseph
Honorât
en
resta
ahuri
:
Ah
çà
!
niais,
murmura-l-il,
est-ce
que
ce
garçon
ne
se
fiche
pas
de
moi?
...
Je
voudrais
bien
voir
ça,
par
exemple
...
il
ne
serait
pas
long
à
la
franchir,
mais
en
sens
inverse.
11
pénétra
dans
les
bureaux
de
la
direction,
d'une
humeur
de
chien,
vérifiant
rapidement,
d'un
œil
soupçonneux,
si
chacun
était
à
son
poste,
et
tous
les
employés
courbaient
le
front
à
son
passage,
se
penchant
sur
leur
besogne
pour
éviter
son
regard.
Cet
'homme
terrorisait
tout
le
monde,
congédiant
un
ouvrier
ou
un
employé
sous
le
moindre
prétexte.
11
finit
par
pénétrer
dans
son
cabinet
pour
y
prendre
connais-
sance
du
courrier
arrivé
depuis
le
matin.
Cependant,
l'ouvrier
ajusteur,
Marcel
Dunot
était
arrivé
en
sif-
flotant
dans
l'atelier
il
travaillait.
Eh
bien,
mon
vieux,
lui
dit
son
contremaîtr-e,
un
brave
homme,
vous
n'avez
pas
peur,
vous vous
emboîtez
le
patron,
à
présent.
Le
jeune
homme
sourit
:
Ah
!
il
ne
faudrait
pas
non
plus
qu'il
me
porte
trop
sur
le
.système.
Je
l'enverrais
balader
carrément.
Et
sans
tarder,
Marcel
Dunot
se
mit
à
son
établi.
C'était
un
ouvrier
adroit,
consciencieux,
et
qui
ne
boudait
jamais
devant
la
besogne
...
Orphelin
de
bonne
heure,
Marcel
Dunot,
qui
n'avait
plus
que des
parents
assez
lointains
et
assez
indifférents,
avait
appris
à
se
débrouiller
tout
seul.
En
quittant
l'école
communale
il
avait
été
le
meilleur
élève
de
sa
classe,
il
était
entré
â
la
fabrique
de
tissage
Pordon
et
C".
Rapidement,
il
avait
appris
son
métier
à
fond.
Ayant
un
goût
très
vif
pour
les
travaux
de
mécanique,
il
complétait
son
instruction
chez
lui
après
les
heures
d'atelier.
Son
apprentissage
fini,
il
avait
été
tout
de
suite
le
meilleur
ouvrier
de
l'atelier
de
réparation
des
machines.
Et
quand
se
présentait
un
travail
difficile
et
délicat,
c'était
à
lui
qu'on
le
confiait.
Aimé
de
tous
ses
camarades,
il
n'avait
autour
de
lui
ni
envieux
ni
ennemis
;
sa
franchise,
ses
manières
cordiales
et
ouvertes
lui
va-
lant
l'amitié
ou
la
bienveillance
des
plus
ombrageux.
Au
demeurant,
et
quoiqu'il
n'eût
que dix-sept
ans,
assez
redouté
des
ouvriers
qui
s'amusent
dans
les
ateliers
à
abuser
de
leur
force
contre
les
apprentis.
Car
Marcel
Dunot
était
toujours
pour
pro-
téger
le
plus
faible,
et
l'on
savait
qu'il
avait
le
poing
solide.
Il
était
populaire
à
sa
façon
dans
toute
l'usine,
et
ce
soir-là,
le
petit
tour
qu
'il
venait
de
jouer
au
directeur,
faisait
dans
les
ateliers
le
sujet
passionné
de
toutes
les
conversations.
Lui,
n'y
pensait
déjà
plus,
et
devant
son
établi,
il
s'évertuait
à
remettre
en
état
un
mécanisme
assez
délicat
auquel
il
travaillait
depuis
le
matin.
Et
tout
en
travaillant,
il
sifflait
à
perdre
haleine
comme
pour
s'exciter
au
labeur.
Soudain,
la
porte
de
l'atelier
s'ouvrit.
Les
ouvriers
levèrent
la
tête
et
virent,
non
sans
surprise,
apparaître
un
des
domestiques
de
Gustave
Pordon,
un
valet
de
chambre
nommé
Raoul,
qui
restait
immobile
sur
le
seuil.
Qu
'est-ce
que
vous
désirez?
lui
demanda
le
contremaître.
Monsieur
Pordon
réclame
M'.
Marcel
pour
une
réparation
qu
'il
a
à
lui
confier.
C'est
bien
!
Il
va
y
aller,
répondit
le
contremaître.
Et
comme
le
domestique
avait
déjà
le
dos
tourné,
le
contre-
maître
dit
en
plaisantant
à
Marcel
Dunot
:
On
!
oh
!
Monsieur
Marcel
!
Mince
de
luxe
!
Monsieur
Marcel
a
décidément
tapé
dans
l'oeil
du
grand
patron.
Marcel
Dunot,
sur
le
même
ton
ae
plaisanterie,
repartit
:
Je
crois
qu
'il
vaut
mieux
taper
dans
l'œil
du
grand
patron
que
du
petit.
Les
ouvriers
eurent
un
rire
d'approbation.
Ils
désignaient
du
nom
de
grand
paron
Gustave
Pordon,
le
propriétaire
des
usines
;
et
du
nom
de
petit
patron,
le
jeune
cousin,
Joseph
Honorât,
le
directeur
détesté
de
tous.
Pour
sûr,
reprit
le
contremaître.
Allez,
dépêchez-vous,
Dunot,
laites
pas
attendre
M.
Pordon.
Marcel
remit
sa
veste
dont
il
s'était
débarrassé
en
entrant
à
l'ate-
lier
et
ajouta
en
partant
:
D'abord,
celui-là,
c'est
un
chic
type,
et
les
Chics
types,
ça
me
hotte
...
Comme
il
sortait,
un
loustic
de
l'atelier
lui
cria
:
Tu
diras
bien
des
choses
à
la
demoiselle,
hein
?
Marcel
Dunot
haussa
les
épaules
:
Compte
dessus,
mon
vieux,
je
lui
présenterai
les
compli-
ments.
Il
referma
la
porte
derrière
lui
et
s'engagea
dans
un
chemin
qui
suivait
le
mur
de
l'usine.
Comme
il.
arrivait
à
la
somptueuse
haoi-
tation
des
directeurs,
il
vit
le
valet
do
chambre
qui
l'attendait.
Marcel
lui dit
en
riant
:
T'as
pas
besoin
de
rester
là,
mon
vieux,
je
connais
la
route
je
ne
me
perdrai
pas.
Il
pénétra
dans
un
parc
admirable
et
qui
étonnait
d'autant
pl
us
qu'il
contrastait
avec
l'usine
sombre
et
noire
derrière
laquelle
il
étalait
ses
pelouses
verdoyantes
et
ses
massifs
pleins
de
fleurs
écla-
tantes
et
rares.
A
l'ombre
d'un
grand
châtaignier,
Gustave
Pordon
était
assis
dans
un
vaste
fauteuil
de
jonc.
Devant
lui
se
trouvait
une
table
de
fer
sur
laquelle
était
disposé
encore
le
service
à
café
qu'il
venait
dut
user
en
compagnie
de
sa
fille,
Denise,
et
du
directeur
de
l'usine.
M
11,
Denise
Pordon
celle
que
le
loustic
de
l'atelier
avait
ap-
pelée
«
la
demoiselle
»,
était
une
grande
jeune
fille
blonde
et
svelle
qui
offrait
le
type
le
plus
pur
de
beauté
de
la
race
du
Nord.
Un
visage
d'un
ovale
parfait
éclairé
de
deux
yeux
bleu
pâle,-
d'un
éclat
extraordinaire
et
d'une
douceur
exquise.
Les
cheveux
blonds
soyeux,
aux
reflets
d'or,
légèrement
bruni,
séparés
en
ban-
deaux
sur
le
milieu
de
la
tête,
encadraient
un
front
d'une
blancheur
de
camélia.
Le
dessin
d'une
pureté
classique
du
nez
et
de
la
bouche,
la
douceur
reposée
de
tous
les
traits
contribuaient
à
donner
à
son
visage
l'expression
d'une
madone
de
la
Renaissance
italienne.
Elle
gardait
devant
son
père
et
le
jeune
ouvrier
une
attitude
réservée
et
pleine
d'une
grâce
tendre
et
timide.
Te
voilà,
toi
!
dit
le
père
Pordon
en
tendant
une
main
cor-
diale
à
l'ouvrier,
c'est
bien,
mon
garçon,
tutu
n'as
pas
été
long
ê
,
venir.
Non,
monsieur
Pordon.
Quel
est
donc
ton
nom
de
famille
...
je
ne
me
le
rappelle
jamais.
Dunot,
monsieur
Pordon.
Ah
!
oui.
Eh
bien,
Dunot,
puisque
tu
es
si
calé
que
ça
en
mécanique,
tu
vas
me
dire
si
tu
es
capable
d'arranger
une
pen-
dule.
Marcel
Dunot
sourit
:
■—
Peut-être
bien,
monsieur
Pordon.
Je
me
suis
souvent
amusé
à
démonter
et
à
remonter
des
mouvements.
Je
ne
demande
qu'à
essayer.
Le
«
grand
patron
»
leva
la
main
droite
en
l'air.
Minute
!
Minute
!
Il
ne
s'agit
pas
de
faire
des
bêtises,
ce
n'est
pas
un
petit
mouvement
de
rien
...
C'est
un
objet
de
taille
et
de
poids,
mon
gaillard
...
C'est
une
belle
pendule
ancienne,
c'esi
assez
compliqué
et
je
ne
voudrais
pas
la
voir
détraquée.
Je
peux
toujours
essayer,
monsieur
Pordon.
Dame,
je
préférerais
te
voir
travailler
là-dessus
que
de
la
confier
aux
horlogers
de
Saint-Quentin.
Ils
n'ont
pas
l'habitude
de
l'horlogerie
ancienne,
et
je
suis
sûr
qu'ils
ne
feront
que
des
bêtises.
Si
lu
ne
peux
pas
y
arriver,
je
l'enverrai
à
Paris.
Marcel
Dunot,
flatté
de
la
confiance
que
le
«
grand
patron
»
avait
en
son
talent
de
mécanicien,
se
piqua
au
jeu
:
Je
ferai
mon
possible
pour
l'arranger,
monsieur
Pordon,
je
vous
assure
què
si
j'y
renonce,
c'est
qu'elle
s'entêtera
à
ne
p
vouloir
marcher.
M.
Pordon
sourit
dans
sa
barbe
:
C'est
bien,
tu
as
de
la
bonne
volonté,
c'est
déjà
quelque
chose!
Dis
donc,
l'am^'pour
te
donner
du
cœur
à
l'ouvrage,
tu
prendrai-
bien
une
tasse
de
café?
Marcel
Dunot
s'inclina
comme
dans
le
monde,
et
très
correct
Bien
volontiers,
monsieur
Pordon.
Et
un
petit
verre,
par-dessus
le
marché
?
Le
petit
verre
sur
le
marché
aussi
...
Gustave
Pordon
fit
signe
à
sa
fille
...
Déjà
Denise
avançait
un
tasse
et
la
-remplissait
du
liquide
brun
qui
'répandait
un
arôme
dth
cieux.
Elle
prit
ensuite
un
carafon
et
versa
une
liqueur
jaune
dans
u
petit
verre
de
cristal
irisé.
C'est
de
la
fine
Champagne,
Dunot,
dit
M.
Pordon,
je
ne
sai
si
elle te
conviendra.
L'ouvrier
sourit
:
Oh!
monsieur
Pordon,
je
ne
suis
pas
inquiet
sur
la
qualité
Et
il
dégusta
le
café
et
le
petit
verre
avec
une
mimique
exprès
sive
de
satisfaction.
C'est
exquis,
monsieur
Pordon.
Le
vieil
'
usinier
eut
un
rictus
mélancolique
:
Et
je
parie,
Dunot,
que
tu
m'envies
parce
que
tu
te
dis
:
«
1
en
prend
tous
les
jours
»
!
Oh
!
monsieur
Pordon
...
Si,
si,
je
vous
connais,
vous
autres,
les
ouvriers,
toujours
crier
sur
le
patron.
Marcel
Dunot
protesta
D'abord,
monsieur
Pordon,
je
vous
dirai
que
jamais
l'on
»
crie
sur
vous.
Le
«
grand
patron
»
devina
la
nuance.
*
Oui
...
je
comprends
ce
que
tu
veux
dire
...
,
eh
bien!
vou
avez
tort
...
Joseph
Honorât,
mon
cousin,
est
un
Brave
garçon
...
'
aime
son
métier.
Il
est
peut-être
plus
sévère
que
je
ne
l'étais
a
temps
je
m'occupais
sérieusement
de
l'usine,
mais
c'est
un
ho
patron
lui
aussi.
Marcel
Dunot
ne
jugea
pas
à
propos
de
démentir
M.
Pordon
su
ce
point.
Il
se
contenta
de
répondre
:
Et,
dégustant
encore
tour
à
tour
son
café
et
le
petit
verre,
conclut
:
Les
ouvriers
savent
faire
la
différence.
L'EPATANT
_
C'est
délicieux
!
Le
vieil
usinier
regarda
Denise
en
riant.
La
jeune
fille
était
séduite
par
le
sans-façon
aimable
de
Marcel
Dunot
que
sa
présence
n'intimidait
nullement.
Ayant
achevé
ses
consommations,
Dunot
reprît
:
Et
vous
aurez
beau
dire,
monsieur
Pordon,
jamais
les
ouvriers
n'aimeront
M.
Honorât
comme
ils
vous
aimaient.
Tais-toi
!
Tu
dis
des
bêtises
!
Il
faudra
bien
s'y
habituer
pour-
tant
à
M.
Honorât,
puisqu'il
me
succédera
définitivement
un
jour,
ici.",
n'est-ce
pas,
Denise?
En
disant
ces
mots,
le
vieil
usinier
fixa
les
yeux
sur
sa
fille,
car
depuis
deux
ans,
Joseph
Honorât
faisait
à
sa
cousine
une
cour
assidue
et
espérait
bien
qu'elle
l'agréerait
enfin
pour
époux.
Denise
feignait
de
ne
pas
s'en
apercevoir,
n'ayant
pour
son
cousin
qu'une
amitié
très
modérée
;
le
caractère
autoritaire,
agres-
sif
et
cassant
du
jeune
ingénieur
lui
déplaisait
foncièrement
et
elle
ne
pouvait
se
faire
à
l'idée
de
donner
sa
main
à
un
homme
qu'elle
trouvait
par
tous
les
côtés
absolument
antipathique.
Et
jusqu'ici,
elle
avait
obstinément
refusé
d'engager
sa
parole.
Pourtant,
le
vieux
père
Gustave
Pordon
considérait
son
associé
comme
son
futur
gendre
et
il
se
contentait
de
mettre
au
compte
de
la
jeunesse
de
Denise,
la
répulsion
qu'elle
éprouvait
pour
la
ques-
tion
de
mariage.
Mais
il
ne
renonçait
pas
a
son
rêve
de
voir
les
deux
jeunes
gens
...
J
'ai
réglé
le
compte
d'un
lâche
et
d'une
canaille
...
mariés.
Il
verrait
alors
l'usine
qu'il
avait
fondée
passer
à
son
en-
fant
en
même
temps
que
sa
fortune
qui
était
considérable.
Denise
répondit
à
son
père
:
Laisse
donc
monsieur
Marcel,
papa.
Tes
questions
le
gênent
et
tu
vois
bien
qu'il
ne
peut
pas
te
répondre
comme
il
le
voudrait.
Avec
un
geste
affectueux,
l'usinier
approuva
sa
fille.
Allons,
c'est
bien
...
Dunot,
mon
ami,
ma
fille
va
te
conduire
dans
mon
cabinet
de
travail,
lu
examineras
la
pendule
et
tu
y
exerceras
tes
talents,
n'est-çe
pas?
Oui,
monsieur
Pordon.
Ils
partirent,
marchant
presque
côte
à
côte,
Dunot
n'osant
plus
parler,
intimidé
par
cette
belle
jeune
fille
qu'il
estimait
autant
qu'il
l'admirait.
Il
savait
comme
Denise
Pordon
était
d'une
bonté
simple
et
secourable
;
et
par
les
camarades
mariés
de
l'usine
il
avait
appris
quelle
aide
généreuse
elle
apportait
aux
ouvriers
éprouvés
par
quel-
que
accident
ou
chargés
de
famille.
Souvent
même
elle
était
intervenue
auprès
de
son
père
et
avait
obtenu
la
réintégration
d'un
ouvrier
chassé
par
son
cousin.
Pourtant,
sur
ce
chapitre,
Gustave
Pordon
était
quasi
intraita-
ble,
ne
voulant
à
aucun
prix
affaiblir
l'autorité
de
son
directeur.
Il
avait
mis
toute
sa
confiance
en
Joseph
Honorât
et le
laissait
libre
de
faire
tout
ce
que
bon
lui
semblait.
Marcel
Dunot
marchait
donc
silencieusement
à
côté
de
Denise
et
pensait
:
C'est
tout
de
mêine
fort
qu'une
aussi
ravissante
créature,
qui
est
la
beauté
et
la
bonté
mêmes,
soit
destinée
à ce
sale
type
d'Ho-
norat,
une-'ijanaille
!
une
crapule
!
Et
une
rancune
lui
montait
contre
ce
vieux
Gustave
Pordon,
qu'il
affectionnait
pourtant
comme
patron.
Il
se
sentait
pour
Denise
cette
adoration
lointaine
et
sans
but
qu'on
a
pour
une
idole
inaccessible
ou
pour
un
joyau
de
musée
qu'on
ne
peut
qu'admirer
sans
aucun
espoir
d'y
toucher
jamais
derrière
sa
vitrine.
Peut-être
la
jeune
fille
comprit-elle
le
sentiment
d'admiration
res-
pectueuse
qu'elle
inspirait
à
Marcel
Dunot,
car
son
visage
se
colora
légèrement
en
apercevant
que
le
jeune
homme
la
regardait
à
la
dérobée.
L'ouvrier
surprit
cette
rougeur
et
se
reprocha
d'avoir
laissé
per-
cer
quelque
chose
de
ses
sentiments.
Il
tourna
aussitôt
'a
tête,
et
d'un
air
détaché
se
laissa
conduire
jusqu'au
cabinet
de
travail
de
Gustave
Pordôn.
Denise
lui
indiqua
la
pendule
à
réparer.
C'était
un
énorme
régu-
lateur
de
deux
mètres
de
haut,
à
long
balancier
étroitement
gamô
dans
une
boite
de
noyer
délicatement
sculpté.
Marcel
Dunot
alla
chercher
une
échelle
et
se
mit
en
devoir
de
démonter
la
pendule
proprement
dite
et
de
la
dégager
de
son
enve-
loppe
de
bois.
Denise,
le
voyant
occupé,
sortit
et le
laissa
en
contemplation
devant
les
rouages
et
les
engrenages
multiples
auxquels
il
s'agissait,
de
rendre
le
mouvement
et la
vie.
Ayant
déjà
fait
des
réparations
dans
la
maison,
Marcel
Dunot
con-
naissait
la
place
se
trouvaient
les
outils
dans
un
meuble
près
de
l'office.
Il
s'y
rendit
et
revint
bientôt
auprès
de
son
régulateur
avec
toute
une
panoplie
de
tournevis.
Il
était
depuis
vingt
minutes,
quand
Gustave
Pordon
entra
:
Eh
tien
!
mon
vieux,
quoi
de
nouveau?
L'ouvrier
regarda
le
«
grand
patron
»
d'un
air
triomphant.
Je
réussirai,
monsieur
Pordon,
dit-il.
J'ai
découvert
par
ça
clochait
;
c'est
l'essentiel.
Je
me
charge
de
la
réparation.
Je
vais
l'emporter
à
l'atelier
et
d'ici
ce
soir,
votre
horloge
marchera.
Il
enveloppa
tous
les
organes
de
la
pendule
dans
un
vieux
jour-
nal
et
partit.
En
rentrant
dans
son
atelier,
il
glapit
d'une
voix
comique
:
On
répare
la
faïence
et
la
porcelaine
!
...
le
verre,
l'albâtre,
les
cristaux
...
Le
contremaître
s'approcha
:
Qu'est-ce
que
vous
apportez,
dedans?
Ah
!
ah
!
répondit
Marcel
Dunot,
cette
fois,
ça
n'est
pas
un
métier
à
tisser,
c'est
une
mécanique
à
lisser
les
minutes
qu'il
s'agit
de
raccommoder.
Et
l'ouvrier,
s'installant
à
son
établi,
se
mit
patiemment
en
devoir
de
réparer
un
rouage
cassé
du
régulateur.
Après
deux
heures
d'
efforts,
il
poussa
un
joyeux
hurrah
!
et,
d'une
voix
claironnante,
entonna
une
chanson
d'atelier.
Ça
y
est!
Décidément,
je
peux
faire
un
vétérinaire
de
vieilles
pendules
!
Elle
marche
!
Mais
la
sacrée
chipie
m'a donné
du
mal
!
Et
s'adressant
au
contremaître
:
Je
sors.
Je
vais
remonter
mon
phénomène
!
«
Si
vous
ne
me
voyez
pas
revenir,
c'est
que
le
«
grand
patron
»
m'aura
invité
à
dîner.
A
dîner
à
quatre
heures
de
l'après-midi,
repartit
le
contre-
maître,
faudra
faire
un
service
expirés.
Je
veux
dire
à
licher
de
l'eau
chaude
...
comme
dans
le
grand
monde
...
avec
des
petits
fours
...
on
appelle
ça
un
[iche
à
claques,
je
crois.
-—
T'en
rapporteras
!
*-
Entendu
!
J'en
mettrai
dans
mes
poches
!
Il
revint
dans
le
parc
de
M.
Pordon,
serrant
joyeusement
la
pendule
dans
ses
bras,
et
satisfait
d'avoir
aussi
bien
employé
son
après-midi
à
un
travail
qui
l'avait
intéressé.
Le
jardin
était
désert.
Marcel
Dunot
le
traversa,
admirant
la
beauté
des
frondaisons,,
les
fleurs
des
massifs
et
les
pelouses
si
habilement
entretenues
par
les
jardiniers.
Ne
rencontrant
toujours
personne,
il
gravit
le
perron
de
la
mai-
son,
traversa
le
vestibule
et
frappa
à
la
porte
du
cabinet de
travail
de
M.
Pordon.
Comme
il
ne
recevait
pas
de
réponse,
il
entra.
Le
cabinet
était
vide.
Marcel
vit
sur
la
table
ses
outils
qui
étaient
restés.
#
Il
s'approcha
et
se
mit
en
devoir
de
remonter
la
pendule.
Cela
n'alla
pas
tout
seul,
car,
remise
en
place
dans
son
boîtier,
la
pen-
dule
ne
marchait
plus.
Il
dut
la
ressortir,
revoir
le
mécanisme,
faire
jouer
les
engre-
nages.
Il
ne
faisait
aucun
bruit
dans
son
coin,
uniquement
attentif
à
percevoir
le
tic
tac
régulier
du
balancier,
quand
soudain
dans
la
pièce
voisine,
dans
le
salon
de
l'industriel,
un
bruit
de
voix
re-
tentit.
Marcel
Dunot
tressaillit.
11
venait
de
reconnaître
en
même
temps
la
voix
de
Joseph
Honorât
et
celle
de
Denise
Pordon.
Les
deux
cousins
n'avaient
point
l'air
très
d'accord
et
leur
conversation
avait
toute
l'allure
d'une
aispute.
Marcel
Dunot
se
sentit
mal
à
l'aise.
IL
remua
une
chaise
pour
signaler
sa
présence,
mais
l'on
ne
parut
pas
s'en
apercevoir
dans
le
salon
et la
dispute
continua.
Il
renouvela
sa
tentative
et
fit
résonner
un
marteau
sur
le
balan-
cier
de
la
pendule,
mais
toujours
en
vain.
Les
deux
cousins
étaient
tout
à
leur
querelle
et
leur
dialogue
arrivant
distinctement
à
ses
oreilles
piquait
sa
curiosité.
Mais
enfin,
Denise,
disait
le
«
petit
patron
»,
pourquoi
me
repoussez-vous?
Ayez
au
moins
la
franchise
de
me
dire
vos
raisons.
Mais
il
me
semble,
répliqua
Denise,
que
je
vous
les
ai
dites
assez
souvent
et
sans
aucun
détour,
vous
no
me
plaisez
en
aucune
manière.
En
aucune
manière
!
Vraiment,
vous
êtes
tout
à
fait
aimable.
Comprenez
ce
que
je
vous
dis
:
j'ai
pour
vous
Ttitiitié
qu'on
doit
avoir
pour
un
cousin,
mais
quant
à
vous
épouser,
non,
Joseph,
je
ne
peux
pas
m'y
résoudre.
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